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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 01:56

IMGP1282 Puerto Eten
Un peu plus de mer...

Nous projetons de quitter le Pacifique ce matin du 28 janvier, mais nous avons passé la veille sur le net, pour répondre aux mails et écrire l'article du blog... Nous avons donc passé la journée enfermés devant l'écran et nous n'avons pas profité de la baignade... Alors nous décidons de rester un jour de plus... En plus, la compagnie de Mike le suisse, IMGP1351 Puerto Etend'Elisa sa femme et de la petite Mélanie est agréable...
Et puis, c'est tellement rare de trouver tant de propreté... Nous passons donc la journée à la plage, nous faisant rouler dans les vagues... Nous profitons...

Le Lendemain, ce sont les trente ans de Pauline, alors, nous décidons de... rester un jour de plus... Bouquet de fleurs au saut du lit... Mike et Elisa ont lancé un pari sur notre motivation à quitter leur hôtel : il gagne une bière.
Du coup, ils nous invitent pour le midi à partager leur table et le soir, nous leur faisons des crêpes, que Mike arrose d'un Pisco Sur, cocktail du coin, de rouge chilien et de bonne musique : Ska P, King Kora, les Rolling Stones, Manu Chao...


Le jour suivant, Mike gagne encore le pari... La tête est un peu lourde, nous avons discuté tard dans la nuit et attendu l'innondation prévue due aux répliques du tremblement de terre du Chili. Ce suisse est de très bonne compagnie. Malheureusement, nous devons échanger en espagnol car il est d'origine allemande. Son père, caporal dans l'armée, a fui son pays en 1936, pour échapper au nazisme, et est resté au Pérou, où il a fondé sa famille, jusqu'à l'effondrement de l'économie suite à un coup d'état. D'où les attaches de Mike à ce pays, où il a pris sa retraite.

Nous profitons de cette journée de plus pour un peu de culture, en commençant par un film en français, chance inouïe(Banlieue 13) et en continuant par une visite, guidée par un employé de la mairie, de la gare désaffectée de Puerto Eten... Cela rappelle à Nico son travail, car il retrouve des machines bien connues dans l'atelier de maintenance des trains : fraiseuses, rectifieuses et gros tours. Nous pouvons voir aussi plusieurs locomotives, la plus vieille de 1867, et des wagons à l'abandon, entamés par l'air marin. Les entrepôts étaient immenses pour stocker sucre et riz qui étaient exportés en grandes quantités via les bâteaux. Un grand ponton permettait aux trains de décharger les marchandises directement sur les cargos.

Malheureusement, la même crise qui a fait fuir la famille de Mike en Suisse, a ruiné le pays. La junte militaire qui avait pris le pouvoir à délaisser l'agriculture et le pays ne s'en est toujours pas relevé. Notre guide nous éclaire aussi sur les cultures pré-colombiennes de la région, vieilles de 5000 ans, Lambayeque, Mochica et Cupisnique. Ces derniers étaient les habitants de Puerto Eten et de ses environs et n'ont pas été englobés dans l'empire Inca. La théorie veut qu'ils soient d'origine polynésienne ou chinoise et ils avaient un mode de vie propre, tourné vers la mer. Le Cerro qui domine le village porte encore leurs traces : mines d'or, lieux de prière (culte de la lune), chemins empierrés...
Une petite baignade clôt la journée : les vagues sont énormes, 3 mètres au moins, et nous "surfons"... C'est impressionnant la puissance des flots ! Parfois, ils nous écrasent, d'autres fois nous sommes aspirés derrière les rouleaux. La mer est d'autant plus grosse que la lune est pleine et que les tremblements de terre successifs doivent avoir quelqu'influence.

Puerto Eten - Cajamarca
C'est reparti ! (la perte du pari)

Le 2 mars, Mike perd son pari et nous faisons nos bagages. Après sept kilomètres, nous retrouvons la Pana' et ses camions, avec le vent de face.
IMGP1381 Via ChepenLe paysage est lunaire.
Sorti des zones irriguées à proximité des embouchures de fleuve, le sable est le roi du désert, ponctué par de grands champs d'ordures.
Les décharges sauvages sont habitées par des hommes qui vivent du tri des immondices, à l'odeur amplifiée par la chaleur torride. Au loin, des montagnes des cailloux, parsemées de cactus...
Nous rencontrons un jeune, en petite moto, qui fait demi-tour pour discuter un moment avec nous. Il est d'origine de Cajamarca et nous invite à l'appeler quand nous y serons. Il aime la compagnie des étrangers et a rencontré il y a trois ans environ le couple qui a suivit le chemin de l'Inca, de la frontière colombienne à Santiago du Chili.

Un peu plus loin, les patronnes du restaurant où nous nous arrêtons, nous informent que nous sommes précédés par un brésilien en vélo. Nous ne le rattraperons pas...
Une pause pour manger une pastèque et nous nous engageons sur la route de Chérrepe. Nous renonçons à passer la nuit au bord de la mer car la route est trop défoncée. Nous demandons donc à des paysans, en train de récolter leur riz, si nous pouvons passer la nuit dans le champ près de leur maison. Ils nous offrent des bananes et des mangues.IMGP1389 Bananier - Pacanguilla Perú Dans ces régions de rizières, nous sommes vite assaillis par les moustiques. Dans la tente, de nouveau la guerre, mais cette nuit, nous la perdrons, malgré la pluie.
La pluie d'ailleurs transforme le champ sablonneux en champ de boue. Nous devons lutter sur les 200 mètres de sentier pour sortir nos vélos, complètement encrassés de paille et de terre qui bloquent les roues au niveau des patins de freins. Un homme en vélo aussi nous suit sur le chemin qui nous ramène à la Panaméricaine. Il nous déconseille de laver nos vélos dans le premier ruisseau rencontré, pollué par les ordures, et nous indique un peu plus loin une eau "plus propre". La différence n'est pas flagrante, mais bon...

Nous démontons les sacoches pour plonger les Bad Boy directement dans la mare. Et là, nous voyons que Nico a crevé... La chambre à air de rechange  que nous avions achetée à Cuenca se révèle inadaptée : valve trop grosse. Donc petite séance bricolage avec les rustines, secoués par le déplacement d'air des camions et assisté d'un homme qui a arrêté sa moto-remorque pour nous aider. Il se moque de Nico, qui a de la boue sur le visage. On voit la paille dans l'oeil de son voisin et pas la poutre dans le sien... Sa femme, son fils et lui sont crasseux, probablement de ces gens qui vivent dans les décharges. Ils transportent des bouteilles en plastique, des chaussures et d'autres déchets qu'ils pourront revendre à Chiclayo. Crasseux, mais généreux...

Nous pouvons enfin repartir et le ciel se dégage pour laisser le grand astre nous écraser. Nous passons Chepen puis Guadalupe pour bifurquer vers l'Est. Des ruines bordent la route, toujours au milieu des détritus, jusqu'à La Ciudad de Dios, où nous quittons la Panaméricaine pour la route de Cajamarca, un peu moins fréquentée et encadrée par les rizières. Le contraste est saisissant entre le fond de vallée, très vert, et les sommets alentours, ensablés par les vents de la mer. Nous nous arrêtons pour nous baigner dans le Jepetepeque, à la couleur turquoise bien qu'on ne puisse pas voir ses pieds dans 50 cm d'eau tiède : quelle pureté !IMGP1403 Grenadier - Ventanillas Perú

Nous remontons le long de ce cours d'eau, que nous traversons par un pont suspendu pour trouver refuge à Ventanillas (Lucarne), qui doit son nom à une fenêtre dans une des montagnes sus-jacentes. Les habitants ne savent pas trop où nous pourrions dormir, mais un professeur du collège nous ouvre les portes de son établissement, pour une installation royale. Il nous fait aussi une visite guidée, assisté par un jeune, Miguel, des ruines de temples Mochica et nous montre des cactus : le Gigantes et le Tuna, ce dernier servant de support à la culture des cochenilles. IMGP1429 Cactus Tuna - Cochenille - Ventanillas PerúCes acariens sont utilisés comme colorant alimentaire rouge. Et oui les végétariens, si c'est marqué "cochenille" sur le paquet de barquettes à la fraise, vous mangez des bêtes...

Nico et Miguel se font piquer par un enculados, genre d'hyménoptère qui fait de vilains gonflements. Ça change des encudos... Nous sommes rejoints par les enfants du village pour la séance photo avec Telmo le prof. Ils veulent tous être pris...

La nuit est plus fraîche : nous sommes à 250 mètres d'altitude, ça doit être ça... Nous repartons plus dispos que la veille, après avoir gaulé quelques maracuyas (fruits de la passion) et nous remontons la vallée, barrée un peu plus loin par un grand barrage.IMGP1446 Barrage Tembladera

Les montagnes se couvrent de plus en plus de végétation : les cactus laissent la place aux buissons, les rizières sont aussi entrecoupées de plantations de manguiers, de vignes, de cheremoya (un autre fruit indescriptible)...
A Tembladera, nous déjeunons à un étal dressé dans la rue, pas cher et très bon. Puis nous nous arrêtons pour nous tremper dans un ruisseau, mais l'eau est trop chaude pour nous rafraîchir.
Nous continuons, dépassons quelques villages sans pouvoir trouver de quoi mettre notre tente. Nous poussons jusqu'à Chilete, et en désespoir de cause, nous prenons une chambre d'hôtel. Bilan : bruit et moustiques... On est mieux dans notre maison de tissu.
L'étape suivante est difficile, faute de sommeil, d'autant que la pente s'accentue après Magdalena. Nous faisons beaucoup de pauses, pour manger des fruits ou faire quelques courses. Les pentes sont de plus en plus arborées, nous jubilons de nous retrouver dans un environnement plus "alpin".

IMGP1515 GloriaDes convois de camions nous dépassent, chargés de lait (ça, ça va), de terre aurifère (ça, ça va aussi) et surtout de produits pétroliers et chimiques (alors là, ça va plus... Ils vont polluer la terre avec toutes leurs mines).
Heureusement, ils sont plutôt conciliants avec nous, dépassant sans trop nous frôler.
Lorsque la pente devient raide, nous abandonnons la partie et trouvons un emplacement devant une belle maison de styleIMGP1464 Glou-glou - San Juan Perú colonial.
Les habitants sont de nouveau très généreux et nous offrent bananes, raisins et cheremoyas.


Nuit reposante, mais Nico est de nouveau malade... Il pédale quand même avec courage pour gravir cette grande côte qui nous mènera à l'Abra El Gavilan à 3050m. Quelques courses à San Juan pour nous ravitailler en Péru Cola et biscuits, nous nous reposons un moment sous les arbres. Le temps est idéal pour rouler, jusqu'à rentrer dans le brouillard, comme c'est souvent le cas vers les cols de la cordillière.IMGP1468 San Juan

Les odeurs des pins et des feux de bois rappellent celles de Haute-Savoie...
Nous sommes heureux, d'autant qu'au fil de la journée, l'état de Nico s'améliore, bien que vidé.
Nous nous décidons à trouver un coin à squatter lorsqu'au virage suivant, nous tombons sur le col ! Victoire, après 32 kilomètres de montée !
Nous empruntons un chemin de terre pour nous installer à flanc de montagne, avec vue (bouchée) sur la cuvette de Cajamarca. Dans l'air résonnent des fracas de rochers et des tirs de mine, exploitations obligent.
Nous dégageons un coin de ses cailloux pour dresser notre camp et nous sourions en enfilant notre pull ! Il fait enfin froid !

Pendant la nuit, la tempête se déchaîne et des trombes d'eaux se déversent du ciel en colère. Pauline se réveille et constate que la tente prend l'eau, par les trous des fourmis, même colmatés...
Cela ne dérange pas son voisin... Au lever, nous prenons soin de bien rester sur nos matelas, c'est la piscine ! En fait, nous avons monté la tente à l'emplacement d'une flaque... Les pas doués... Le  brouillard se lève et nous pouvons voir Cajamarca sous nos pieds. Nous faisons sécher nos affaires avant d'entamer la descente vers la plus grosse ville de la Sierra Norte. La route est un peu chaotique, il y a des mines tout le long. La vue ressemble un peu à la Suisse.

Dans la cité, nous trouvons une "auberge", fréquentée par de jeunes européens surtout, qui travaillent dans des associations ou pour la coopération. Les bénéfices vont à une organisation qui accueille des enfants le samedi et le dimanche, mais nous ne savons pas pour quelle raison. Par contre, nos voisins ne sont pas les as du ménage. Le seul qui en soit content, c'est le chat : il peut voler les restes dans l'évier !!! Et nos draps ont déjà servis... Enfin, ce n'est pas trop cher, en plein centre ville et avec de quoi cuisiner.
Cajamarca est une belle ville coloniale, avec de grands monuments religieux et on y trouve PAIN ET FROMAGE ! Vrai pain, comme de la baguette ! Le fromage n'a pas beaucoup de goût, mais c'est déjà ça comme dit Alain S. Et pour le plus grand bonheur de Nico, il y a aussi du beurre SANS sel... Nous trouverons de l'Elle et Vire, mais trop cher pour notre bourse. Après une journée calme, nous repartons cet après-midi, pour grimper à El Chipche, sur la route d'Otuzco. Nous n'avons pas les cotations, mais nous ferons avec... La suite bientôt !

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Published by Nikopol - dans vélo
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commentaires

Fernando Rodríguez 07/10/2010 20:36



Buscando imágenes de Puerto Eten llegué a su blog. Me alegró mucho encontrar su positiva opnión sobre el establecimiento de hospedaje de mi cuñado Mike. Estoy buscando contenidos que
aportar a la web de hospedajeelgringo.com y me gustaría tomar alguna imágen, así como poder enlazar a su blog para que su opiniós sobre el negocio de Mike pueda ser leida
por aquellos que lleguen a su página web.  


Esperando me den autorización les envio un cordial saludo desde España.


Fernando Rodríguez


fer_rodriguez@publifactoria.net  manager@rc-telematic.com  



Nad et Fred 23/03/2010 07:33


juste un petit coucou, c'est vrai ils ne sont pas très régulier, mais nous suivons avec intéret votre aventure. Ici les conditions ski de rando sont encore bonnes, la saison de grimpe en salle a
été écourté pour fred (tendinite coude)
vos images et commentaires nous font réver
Bises à vous deux


Nikopol 30/03/2010 23:25



Salut les Annéciens !


Nous continuons notre périple, bientôt la suite des aventures...


Bisous à vous aussi



véro bellin-korum 19/03/2010 23:09


je suis de prêt ton périple mon aventurière de cousine- dit donc , il a l'air bien ton Nico
bisous


Nikopol 19/03/2010 23:30


T'es pas encore couchée ?
Oui il est bien mon Nico, j'ai choisi un copain de ton frangin...
Bisous


nicolas 16/03/2010 20:35


Hé maman tu part pas sans moi!!!!!!


Nikopol 19/03/2010 23:33


On va la kidnapper ta Môman !!!


Hélène 13/03/2010 18:47


En plus d'être sportifs, courageux, voir téméraires vous avez l'art et la manière de raconter avec brio. Encore une fois, j'ai fait un beau brin de route ..... avec vous.
Bonne continuation.


Nikopol 16/03/2010 01:04


Merci beaucoup Hélène !
Nous te faisons une place sur la remorque de Nico quand tu veux !
Bisous