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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 19:38

On a retrouvé le goudron ! (En suivant les fleuves Chinchipe et Tabaconas)

IMGP1096 Rio ChinchipeSan Ignacio - Puerto EtenRepos terminé, affaires empaquetées, over-dose de TV calmée, nous quittons San Ignacio, riche bourg minier (zone aurifère). Quelques coups de pédale pour sortir de la cuvette... Nous espérons trouver de l'asphalte rapidement comme l'indique notre carte, mais non... C'était bien bitumé, avant... La négligence de l'Etat péruvien a laissé les cailloux regagner le terrain. Nous sommes secoués dans la chaleur moite par la descente vers le Rio Chinchipe, qui nous offre ses eaux rafraîchissantes à midi, tant pis pour la pollution au mercure (merci les exploitants des mines). Nous suivons le cours du fleuve, bordé de cultures d'ananas, de IMGP1105 Camping au bord du Chinchipepapayes et de bananes.

Nico a des problèmes récurrents de porte-bagages. La vis cassée est restée dans le filetage et lorsqu'il l'a remonté, il n'a pas pu le fixer correctement, si bien qu'il vient parfois frotter contre le pneu... Nous bricolons une attache avec une ficelle, ce qui nous permet d'avancer jusqu'à trouver une solution pour sortir cette fichue vis.

Le soir venu, nous installons notre campement dans un champ en rive droite. Le bain nous débarrasse de la sueur poussiéreuse et nous cuisinons sur les galets, dans le brouhaha des rapides. L'ambiance magique pousse à la contemplation : le violet du soleil couchant cisèle les feuilles en noir, le souffle du courant apaise et le grondement des flots puissants couvre les bruits. Dans la tente, nous retrouvons la touffeur de l'épais air tropical. Plus besoin de nos sacs de couchage ultra-performants...

La nuit pluvieuse nous rend flemmards : pas envie de patauger dans la boue... Mais à l'arrêt des ondées, plus d'excuses, alors nous plions bagages. Le paysage se transforme : les collines s'aplanissent, parfois écroulées par les farallones (sorte de cheminées des fées) et les bords du fleuve se découpent en rizières nourricières. En chemin, nous doublons des cavaliers. L'homme nous offre des maduros (bananes normales, pas plantains). Puis nous sommes arrêtés par des hommes en armes ! Ils nous demandent une contribution, car ils gardent la route contre les bandits. Heureusement que le montant est au bon vouloir, sinon, nous aurions plutôt eu l'impression de nous faire braquer !!!

IMGP1115 Puerto LimonIMGP1118 Enfin le goudron

Quelques "ports", au nom d'agrumes (Puerto Limón ou Puerto Naranja) permettent de passer le fleuve par des bacs. Pas de pont, c'est trop large, trop tumultueux et probablement trop cher pour desservir les villages reculés. Et enfin, à l'horizon, LE GOUDRON ! Le bonheur quoi, en ligne de mire ! Le plaisir est un peu gâché par les interpellations incessantes de tous ceux qui nous appellent : "Hi gringo !" Si encore ce n'étaient que les enfants, mais les adultes sont encore plus virulents... C'est la première fois que nous subissons ce genre de racisme. Notre rancoeur est apaisée par la générosité de certains lors de la pause "casse-croûte" (sans croûte, parce que le pain, c'est plutôt de la brioche). Cette fois, une dame nous offre une énorme papaye, après quelques mots échangés.

IMGP1126 Rizières - FarallonesLe soleil ne nous laisse pas de répit, mais la large plaine, presque plate, nous permet de bien avancer, avec l'espoir d'atteindre Jaén avant le soir. Nous quittons le Chinchipe pour remonter un moment le Tabaconas, un de ses affluents, avant de le traverser. Au torrent suivant, nous ne tenons plus. Nous abandonnons nos vélos pour nous tremper dans l'eau claire et tiède. Du coup, nous rencontrons deux cousins, Naïl et Daniel, qui traînaient sur le pont au-dessus de nos têtes. Séance photo, en leur promettant d'en mettre une d'eux sur le blog... Finalement, Cesar, le père de Naïl, nous permet de monter la tente dans une pièce inoccupée à l'avant de sa maison. En contre-partie, nous préparons le dîner : spaghetti au thon. Tout le monde en profite, même le chat Limón, puisque Pauline la maladroite renverse le plat... IMGP1130 Quebrada CesarCarmen, chipie de la famille, apprécie beaucoup le poisson et se régale. C'est la seule fille de la famille, en-dehors de la grand-mère, actuellement absente, car la maman a déserté le foyer pour en créer un autre... Réchauffés, si besoin était, par le repas et les portes fermées (lutte anti-moustiques ou encudos, porteurs de la dengue), la soirée se prolonge en discussions avec Cesar, au regard sur le monde assez juste, malgré une forte empreinte religieuse et l'absence de moyen d'information ( a priori pas de TV ni de radio dans la maison).

IMGP1142 Casa de CesarPour le petit déjeuner, c'est au tour de la famille Aguillera de nous régaler, complètant notre avoine par une omelette et des plantains. Notre départ de Cruz Shumba est retardé. Pauline a prêté son vélo aux enfants, qui ont déréglé le dérailleur et tordu quelques dents de pignons. Première et dernière fois que nous nous risquons à laisser nos fidèles amis dans des mains inconnues. Une bonne demie-heure de bricolage arrange les dégâts.
Notre incertitude sur la qualité de la route et la chaleur oppressante influencent notre choix. A Bellavista, nous décidons de rejoindre au plus vite les vagues de la mer, par le goudron, plutôt que de passer par les montagnes de Chachapoyas. Courte journée de plat pour atteindre Jaén, grosse ville boueuse et malsaine. Petit passage sur le net (nous avons enfin l'idée d'écouter de la musique en même temps que de surfer sur le web), avant que Nico parte à la recherche d'une solution pour sa vis cassée. Il erre dans les rues, de ferrailleurs en magasins vides, jusqu'à tomber sur trois ados en vélo, qui le baladent pour trouver LE sauveur ! Il soude une tige au filetage bloqué et le dévisse. Petit malin... Nico fait ensuite des courses de vélos dans les rues de la ville avec Miguel, Sergio et Lymer. Ils nous demandent si nous leur permettons de nous accompagner demain un moment. Rendez-vous pris pour 10h30. Un petit restau au cuisto sympathique  clos la soirée, avant la nuit à l'hôtel de luxe, bien négocié à 20 sol (5.20€).


La vallée du Chamaya

IMGP1146 Cyclistes de JaenNous quittons Jaén escortés par 8 (!) bikers. Le plus dur est vite accompli : un petit col nous fait sortir du bassin de cette capitale provinciale. La descente est une véritable course avec les jeunes, nous rigolons bien. Nous buvons un coup de Péru Cola avec eux et ils nous lâchent peu après, pas fous, quand la pente s'accentue. Nico signe un autographe à l'un d'entre eux... C'est le début de la célébrité... Nous ne roulons pas beaucoup car nous trouvons une canalisation qui déverse son trop plein à bon débit pour nous arroser. Le soleil, lorsqu'il se montre, est toujours de plomb, à la stricte verticale à midi, puisque nous sommes aux environs du sixième parallèle.
Petites montées et descentes s'alternent, tranquillement. La vallée dans laquelle nous nous enfonçons, s'orne toujours de rizières aux échassiers blancs et pourvoyeuses en encudos. Difficile de trouver un endroit où dormir entre les terres gorgées d'eau. L'ancien tracé de la route nous offre une fois de plus de quoi monter la tente à l'abri des regards, malheureusement pas à l'abri des moustiques. Sitôt montée, nous nous y enfermons, car les virulents attaquent même de jour et sous la pluie ! La popote du soir est une séance de torture par piqûres...
IMGP1160 Pucara
Au petit jour, nous sommes meurtris par le sol en concassé de cailloux. Nous nous levons tôt, décidés à profiter un maximum de la clémence des températures matinales, pour la plus grande satisfaction de Nico, qui milite pour le réveil et contre les grasses mat' ! Il est vrai que nous enchaînons bien les kilomètres ce matin mais à 11heures, nous avons déjà faim... Nous nous faisons arnaquer dans un petit boui-boui de Pucará. Moralité : ne JAMAIS oublier de demander le prix du repas AVANT de le manger (et déjà comme ça, c'est pas gagner qu'ils n'essaient pas de saler l'addition).



IMGP1165 Escuela de YermaLes arbres se font plus rares, remplacés par une végétation de buissons secs. La terre devient aride et rougeâtre, peuplée de chèvres. Pour un peu, nous nous croirions au Maghreb. Dépaysant, après les rizières thaïlandaises... Au soixantième kilomètre pile, nous avisons un pont qui enjambe le Rio Chamaya, malgé l'heure précoce. Nous discutons avec les villageois de Yerma, sous l'arbre à palabres (ambiance africaine persistante). Ils nous proposent rapidement de nous installer dans l'école, inutilisée en cette période de grandes vacances. Nous investissons donc le bâtiment de terre et nous filons faire un tour dans l'onde pure et saisissante d'un torrent, juste en amont de sa confluence avec les eaux brunes du Chamaya.  Nous avons prévu une salade de riz pour le dîner, mais elle n'aura pas le temps de refroidir et nous la mangerons encore chaude... Les efforts nous affament comme des ogres !

IMGP1181 Cuello PorcullaSamedi, jour de repos, permet aux habitants d'échanger un peu plus avec nous. Notre réchaud fascine... Quelques averses nous font hésiter mais nous sommes pressés de nous faire chahuter par les vagues du Pacifique. Les gouttes nous apporteront un peu de soutien pendant ce début d'étape. Les rives sont maintenant desséchées et le fleuve est réduit à un menu ruisseau, toujours sale, à cause des gravières et des travaux de la route. D'ailleurs, nous sommes bloqués un moment par ces derniers, au bas de la montée de 16 km qui mène au  col, l'Abra Porculla (ou Porcuya), à 2145 mètres d'altitude, qui nous fera passer au versant littoral du pays.

Le feuillage d'un acacia nous protège pour le midi et nous suons pour gagner en hauteur sous un ciel très dégagé. Au changement de versant, changement de climat : la verdure remplace les buissons sur les flancs montagneux et un dense brouillard à l'odeur d'embruns nous bouche la vue et nous mouille, comme une bouffée de mer. Nous sommes fatigués donc moins attentifs. Pauline ne voit pas une bouteille, qui la fait chuter lorsqu'elle passe dessus. Le bus suivant l'évite de justesse. Ouf ! Plus de peur que de mal, seul le short neuf en a pris un coup... A la première occasion, nous nous arrêtons, juste en amont de Limón de Porcuya. Pour nous remettre de notre montée, agapes à profusion ce soir : thé (clou de girofle et cannelle, de toute façon, c'est le seul qu'on trouve ici...), cacahuètes à potage, plantains frites et riz à la soupe de fèves !!! Repas de rois...

La côte pacifique

IMGP1185 Camping PorcullaLe ciel finit par se découvrir et laisse apparaître les étoiles. Nous profitons du lever du soleil, aux belles couleurs. La blancheur de la mer de nuages contraste avec le vert sombre des plantes et l'ocre de la terre. Moment béni des dieux... Le début de l'étape est facile : 30 km à crisper les doigts sur les freins, mais pas trop fort, épargnés des crampes par une pente modérée. Nous émergeons du brouillard et nous faisons une petite pause culturelle, au début de la plaine, à Boliches, pour voir des pétroglyphes (de vieux graffitis, somme toute...). Plus de photos dans l'album...



IMGP1189 Abra de Porculla
Vers midi, nous nous arrêtons manger à Motupe, vilaine ville. La route commence à être fréquentée et les gros bus se croient tout permis face aux petits cyclistes... Il y en aura même un qui, trop pressé pour attendre que nous ayons fini de passer une zone de travaux, nous poussera dans le fossé ! Colère !!!

IMGP1212 PetroglypheL'objectif, c'est Jayanca, mais arrivés sur place, pas d'hôtel correct... Alors, bien que nous ayons dépassé les 90 km, nous poursuivons dans la forêt sèche, sortie du sol sablonneux. Nous ne sommes pas loin du désert de Sechura. Le bled suivant est encombré par une fête, avec un défilé qui a investi les rues... Nous continuons donc jusqu'à Tucumé, où nous voudrions visiter ses pyramides. A 110 km au compteur (au calcul en fait, nous n'avons pas de compteur...), nous finissons par trouver une chambre, a priori la dernière du village à un prix abordable.

Nous passons une nuit affreuse : une fois la musique du bal arrêtée, la télé du voisin prend le relais et nous nous IMGP1245 Pyramides de Tucumebattons toute la nuit avec les moustiques. Sans compter qu'il fait au moins 30º et que Nico est encore malade... Réveil ensuqué et précoce (toujours les voisins, décidément pas très respectueux)... Nous visitons les pyramides, ville précolombienne, une partie au pas de course, encudos obligent... Le musée est intéressant, avec de belles maquettes et des explications sur les modes de vie des civilisations successives. Les constructions étaient en terre, étayées par des pieux de bois et servaient de lieux publics : temples avec cimetières, marchés etc etc... Et puis, il y a de beaux lézards à la tête bleue ! Rien à voir avec les Incas ou les Lambayèques, mais ça nous a beaucoup plus !!!


IMGP1254 PimentelSéance culturelle accomplie, nous nous dirigeons vers la plage : seulement 50 km (vent de face, merci la mer...), pour Pimentel, cité balnéaire la plus proche de Chiclayo, la capitale départementale de Lambayeque. Sur la route, les gens nous abordent de moins en moins, probablement habitués aux touristes, et ceux qui le font, c'est pour discuter de façon sympathique sur notre voyage. Par contre les prix s'envolent, comme sur toutes les côtes !


Nous trouvons un hôtel correct, un peu cher pour la petite chambre, mais nous sommes à 1 minute de la plage à peine. Tout compte fait, nous ne profitons pas beaucoup de la chambre... Le matelas ne sent pas la rose, il fait trop chaud... Nous investissons, à la surprise du gardien, la terrasse qui sert de lavanderie pour y passer la nuit sur nos matelas de camping. Nous y passons trois nuits, les journées étant dévolues aux habituelles réparations de vélos, lessive, net, baignades... L'océan n'a de pacifique que le nom ! Ses rouleaux en font une plage prisée des surfeurs, mais ici, ça sent trop le tourisme. Le temps de profiter un peu des churros fourrés à la confiture de lait et nous migrons vers le Sud, vers d'autres ports.


IMGP1263 Santa RosaNous dépassons Santa Rosa et Eten.
En bordure des villes, nous rencontrons des bidons-villes de natte et de sacs de riz. Le bord de route est jonché de détritus, probablement les poubelles de Pimentel et de Chiclayo. Un vrai massacre, à l'odeur pestilentielle.
C'est bien dommage lorsque l'on voit la beauté des paysages, le contraste entre l'aridité du sable et la puissance de la mer nourricière, peuplée au loin de chalutiers.
Arrivés à Puerto Eten, nous trouvons une petite pension, impeccablement tenue par un suisso-péruvien. C'est la première fois depuis le début du voyage que nous nous trouvons dans une ambiance aussi propre. Presqu'un soulagement...
Nous profitons encore ce soir de la quiètude des lieux.
Ce petit coin authentique aura été un havre réparateur, pour nous préparer à la remontée vers les montagnes de Cajamarca.IMGP1264 Santa Rosa

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Published by Nikopol - dans vélo
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commentaires

Tibo 07/03/2010 14:17



Bravo Pauline d'avoir réussi à faire aller Nico dans un musée. Il ne tournait pas trop en rond?

J'avoue avoir pris un peu de retard sur votre blog. Je profite donc de ce dimanche après midi pour tout relire. C'est bien sympa de suivre vos aventures au fur et à mesure. Ca n'a pas l'air tous
les jours facile mais on voit que vous viver une sacrée aventure.

A très bientot les amis.

Tibo

"Rester, c'est exister. Voyager, c'est vivre."



Nikopol 08/03/2010 22:55



J'avais des problèmes gastriques, elle a profité de ma faiblesse... Mais j'ai plus visité les baños que les autres salles du musées...

On espère vous faire voyager un peu avec nous, sans les heures de pédalage, vous en avez de la chance !

A très bientôt Tibo, à quand le prochain 5.1 ?


Nico



cristobald 28/02/2010 14:43


salut les cyclistes!!  profitez bien de cette pause et faites le plein de forces et de victuailles avant d'attaquer la montagne!! bises