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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 22:20

IMGP0406 Campagne de San Juan
Chimborazo chapitre 1
Deux jours de répit à San Juan nous permettent de regagner des forces, après cette longue route. Nous trouvons un logement dans un hôtel pas très propre, que nous fuyons rapidement pour nous retrouver à la Casa Communal, maison qui sert de lieu de réunion pour la communauté du Chimborazo et les différentes associations qui s'y attachent. Notre chambre se situe au dessus d'un restaurant, cuisine assurée par une petite femme aussi rondouillette que gourmande, Elsa ! Ce sera notre camp de base pour les deux prochaines semaines, tant nous nous sentirons chez nous.  Ici, comme dans tout le pays, l'électricité est coupée deux ou trois heures par jour, faute d'eau pour alimenter les barrages. Le repas se finit parfois à la bougie et la douche, à l'eau froide !
IMGP0455 Chimborazo vu de San Juan IMGP0439 Champs San Juan
Nous rencontrons un soir un père francais, qui office dans le pays depuis 10 ans, dans une paroisse avoisinante. Le Padre Pierrick nous éclaire sur le fonctionnement des communes, fondé sur le consensus (pas de vote, des discussions sans fin jusqu'à trouver un accord qui les satisfait tous), sur les coutumes et un peu sur la médecine andine, à base de lecture dans les oeufs et les entrailles des cochons d'Inde. D'ailleurs, ces pauvres bêtes ont la vie dure : c'est leur plat préféré et pour les grandes occasions, un massacre est organisé. Parfois plus de 50 morts pour les mariages !!!                                                                                           IMGP0476 Cuyé
Le 10 décembre, nous nous mettons en route pour le volcan qui domine la ville. Nous avons hésité sur le moyen de transport, mais ayant déjà parcouru le chemin en vélo et ne pouvant trouver de ravitaillement plus haut, nous prenons le bus, jusqu'à l'entrée du parc, oú nous nous étions arrêtés quelques jours plus tôt pour demander des renseignements. Nous continuons le chemin à pied, une fois délestés de notre dîme "environnementale". Le concept est un peu particulier, puisque, dans la réserve "écologique" du Cotopaxi, le 4X4 est roi ! Les touristes arrivent par cars entiers et les plus riches dans leur propre voiture ou en taxi, jusqu'au premier refuge, 4800 m d'altitude !
IMGP0344 Chimborazo et vigognes
Le paysage, lunaire, est habité par les seules vigognes (cousines des lamas) et quelques rares oiseaux. La végétation est réduite à la fleur de l'andinisme, buisson aux extrémités oranges et des touffes de ce qui ressemble à du carrex. Le brouillard nous environne et nous glace, notre allure empesantie par nos sacs contenant 5 jours de nourriture et tout le matériel de camping. Nous nous arrêtons près d'une maison ruinée, pour nous restaurer un peu et par chance, nous trouvons de l'eau dans l'ancienne cuve qui servait de réserve. Nous décidons de passer la nuit non loin, derriére une butte, pour nous protéger des regards et du vent. La nuit est dure pour Pauline, mal au ventre et insomnie... Nous ne savons encore pas si c'est l'altitude ou une maladie due à l'eau du robinet. Par la suite, Nicolas sera atteint aussi, mais au village. Ce n'est donc pas faute d'acclimatation. Péniblement, nous reprenons la marche jusqu'au deuxième refuge, nommé Whymper, où nous sommes accueillis par Eloi Flores, le gardien évangéliste et un bon feu. Nous passons un bon moment avec lui et nous sommes rejoints par deux russes, qui prétendent aussi au sommet.  La nuit est de nouveau mouvaise pour Pauline et le lendemain, le petit déjeuner ne passe pas : c'est la gastro avérée.  Du coup, conciliabule et décision, Nico tentera seul le sommet pendant la nuit. Enfin, seul... avec une floppée de touristes allemands, francais et espagnols !
Départ tardif pour lui, aprés un court sommeil, mais il file rapidement, doublant les cordées guide-client. En 5 heures environ, il avale les 1300m de déniv' et se "caillant" trop, n'attendant même pas le lever du soleil pour entamer la descente. Deux heures plus tard, il retrouve sa douce, encore fourrée dans son duvet !
Nous rechargeons nos sacs pour rejoindre la route et regagner notre domicile dans un de ces engins rafistolés et brinquebranlants, dont les noms sont souvent des dates : 2 de octubre ou 11 de noviembre nous ramène à la maison... Malheureusement, nous trouvons porte close à la Casa Communal. Pas de douche et pas de cuisine, sauf sur le réchaud ! Consolation, Pauline réussit à forcer la fenêtre de la salle TV ! Nous nous couchons, sales, Pauline va mieux, Nico prend la suite et ne dormira pas beaucoup à cause des maux de ventre.
Les jours suivants, le pauvre reste souvent couché, ce qui inquiète Elsa et sa collègue Consuelo. La première nous apporte de la tisane de camomille et des anti-inflammatoires, n'approuvant pas la méthode coca-repos.  Finalement, la voie du coeur l'emporte et il applique la recette occidentale. Pendant ce temps, Pauline est embauchée en cuisine pour l'épluchage des patates et le service en salle, d'autant que le mercredi, il faut préparer á manger pour les 70 personnes qui participent à la réunion de la communauté du Chimborazo !
Nous faisons une petite excursion à la ville la plus proche, faute de pouvoir accèder à internet à San Juan. Les nouvelles des amis et de famille font du bien, même si eux, ils peuvent faire du ski !

Chimborazo chapitre 2
Pour ne pas perdre notre acclimatation, nous repartons assez rapidement, le jeudi 17 décembre, pour une nouvelle tentative, Pauline un peu frustrée de pas avoir pu tenter le sommet. Nous reprenons le bus et après une montée écourtée grâce à des américains qui nous proposent la benne de leur voiture, nous nous installons au 1er refuge, nommé Carrel.
Nous croisons les allemands que nous avions rencontrés aux Illinizas. Ils en sont eux aussi à leur deuxième tentative, mais partirons du refuge Whymper. Le jeune gardien, David, qui a commencé son travail au mois d'août dernier, souffre du mal des montagnes : il pleure presque tellement il a mal à la tête. Du coup, nous lui partageons notre repas avec lui et l'asiatique qui, monté en vélo, dormira avec nous, s'occupe du feu. Pas très discret, ce dernier nous empêchera de dormir cette courte nuit, se couchant et se levant plusieurs fois alors que nous avons réglé le réveil à 22h30. Nous partons rapidement dans la nuit noire, nous nous sommes rajouté 200m de dénivelé, mais cela ne nous fait pas peur, surtout à Nico. Nous progressons lentement, il fait froid à partir du moment où nous atteignons le glacier. Un vent pénétrant descend du sommet. La progression devient difficile quand nous parvenons au-dessus de 5600m, chaque pas coûte, Nico est toujours malade et la température nous pompe beaucoup d'énergie. Le manque de sommeil a raison de Pauline et à 6000m à l'altimètre, elle renonce, malgé l'envie de réussir le sommet.
IMGP0479 Chimbo sous le sommet 6000m
La descente est  plutôt rapide et réchauffe les mains et les pieds transis par l'onglée. Le soleil nous rejoint lorsque nous atteignons le croisement des deux voies : le Castillo ou l'arête, plus longue mais moins exposée aux chutes de pierres, que nous emprunterons. Pauline est une peu penaude, mais quand même contente d'être montée aussi haut ( plus haut que les allemands, qui renonceront à 5900m).
Les jours suivants, nous faisons "relâche" ! Le samedi, nous descendons à Riobamba, avec Elsa, pour faire quelques courses en vue d'une soirée "savoyarde" avec les membres de la Cordutch, l'organisation écotouristique qui nous loue la chambre, et aller sur le net. Le reste du week-end, nous sommes seuls à la Casa, avec le DVD, mais aucun film traduit ou seulement sous-titré en francais... Nous travaillons donc notre espagnol ! Et nous entamons la série crêpes et gâteaux au chocolat-banane, ce qui fait baver notre amie Elsa. Consuelo, elle, préfère le cuy, le cochon d'Inde. Mais elle n'a pas de recette de gâteau de cuy !
IMGP0445 Femme en habit trad'
Le dimanche (20 décembre), nous partons grimper, sur un site à 15 km de San Juan, El Acantilado De San Juan. Le rocher est volcanique, toujours un peu sale, et les cotations sont un peu sévères, mais ca fait du bien de mettre les chaussons ! Daniel Dulac, un gars bein de chez nous, a ouvert quelques lignes ici, mais hors de notre portée. Nous faisons quelques longueurs, avant de nous balader dans la quebrada (vallée) où paissent les vaches. Ah ben non, en fait la seule vache est enfermée et tous les autres sont des taureaux ! Nous nous faisons discrets !
IMGP0541 Acantilado 2                  IMGP0534 Acantilado 3
Le lendemain soir, c'est la fameuse soirée savoyarde. Nous avons invité nos amies Elsa et Consuelo, et un des policiers du bled, Wilson, lui, s'est invité tout seul. Mais il est sympa, alors, ce n'est pas trop un problème. Nous avons fait des achats pendant la journée, pour préparer les cadeaux de Noël des membres de la Cordutch. Avec lui, nous allons commencer la distribution du premier paquet ! C'est bien la première fois que Pauline monte dans une voiture de flic ! (Nico, lui, avait  déjà testé au Portugal...) Bon, pour jouer au Père Noël, nous n'en tiendrons pas rigueur. Nous rigolons bien, parce que nous avons  fortuitement expliqué aux filles, quelques heures avant, que nous appelions les flics des poulets. Du coup, elles s'adressent à Wilson en l'appelant "pollo" (poulet en espagnol) !!! Ce n'est pas dans la France de Sarko qu'on peut se premettre cela ! Pour le repas, la tartiflette a un vague goût de chez nous, grâce aux lardons chèrement acquis. Le fromage refuse de fondre et ce n'est pas vraiment du rebloch', plutôt de la mozarella !
IMGP0489 Fiesta San Juan IMGP0506 Fiesta San Juan 2
Les jours suivants, nous aidons à la cuisine et nous nous reposons. Nous assistons aux festivités de la Navidad : chacun, s'il en a les moyens, paie, ou s'il est moins riche, participe, à un défilé pendant lequel est baladée une effigie de Jésus, suivie d'une troupe de danseurs traditionnels. La musique à fond et la bière à flot !
Les voitures et les camions sont bloqués, mais qu'importe, ils passent en contre-sens sur l'autre voie !
IMGP0555 Fiesta San Juan 2
Nous, nous sommes tous les deux, en tête à tête, loin de nos familles et sans neige. Les journées se passent tranquillement, le réveillon, c'est encore des crêpes (on ne s'en lasse pas) mais avec jambon pas reconstitué et Nutella pour le dessert ! Trop bon !
Nous repartons grimper le vendredi, personne à la falaise, sauf le berger que nous distrayons un peu. Ainsi, nous pouvons refaire quelques globules, puisque le site est à 3700m.

Chimborazo chapitre 3
Le samedi, c'est reparti. Nous retentons le sommet du volcan, non mais ! Il résiste, mais nous l'aurons. Nous connaissons le chemin, sur lequel nous croisons d'ailleurs notre ami Wilson el pollo, accompagné de ses gallinas (poules)... enfin, de sa femme et de deux amies... Les gardiens du parc sont un peu étonnés de nous voir discuter avec la police locale ! Nous remontons tranquillement jusqu'au 1er refuge.
Sur le parking, surprise, un camping-car immatriculé 74 ! Nous frappons et nous réveillons Alain et Claude en pleine sieste. Ils sont de Charvonnex, juste à côté de chez nous, et parcourent le monde depuis leur retraite : 2 ans en Afrique, 2 autres en Amérique Latine et le voyage n'est pas terminé. Ils nous invitent au thé (petits gâteaux et bon chocolat) puis au dîner, une chance, les restes du repas de Noël (rôti de porc). Nous passons la soirée en leur compagnie, échangeant les impressions sur les pays visités et les "trucs" de voyageurs (site en lien).
Nous partons nous coucher au moment où les autres occupants du refuge se lèvent pour tenter le sommet. Une bonne nuit avant de retrouver Eloi, qui garde ce refuge cette fin de semaine. Nous restons un moment dans la salle principale, à discuter avec les deux savoyards qui nous ont rejoints, puis nous partons pour le refuge Whymper, où nous retrouvons "notre" chambre.
IMGP0568 Chimborazo 3 IMGP0571 Chimborazo 3
Nous lisons un peu, il commence à neiger. Le ciel finit par se dégager, les rayons nous éblouissent de leur réverbération sur le manteau blanc. Finalement, nous retrouvons un peu de notre hiver... Nous discutons un moment dehors, nous réchauffant au soleil, avec le gardien, Nolberto, et quand nous rentrons, nous nous trouvons dépossédés de notre alti ! Coup de blues ! Nous partons nous coucher un peu amers et sans réveil. Les autres prétendants au "cumbre" (sommet), nous réveillent, mais nous trouvons le temps incertain, un épais brouillard enveloppant le paysage. Nous restons au lit... et nous dormons vraiment longtemps, car, nous nous sommes couchés à 17h...
Le lendemain, nous paressons puis Nico descend au 1er refuge pour aller acheter des gâteaux à Eloi. Il remonte vite, et le paie un moment, les poumons brûlants... Après un repas de petits pains et maintes maté de coca, nous nous baladons un peu au-dessus de notre abri, avant de retrouver le coin du feu. Repas de nouveau tôt avant le coucher à 18h, pour un réveil quand nous pourrons sans montre !
IMGP0573 Chimborazo 3 
Les autres cordées s'agitent, Nico continue  à dormir. Pauline, elle, ne veut pas laisser sa chance passer et le secoue. Nous allumons l'appareil photo, seule facon de savoir l'heure, et ahhhhhhhh 23h30 ! Il est plus que temps d'aller déjeuner. Vite fait, nous sommes dehors. Il fait moins froid que lors de la précédente tentative et nous sommes plus en forme. Nous avons presque l'impression au début de faire une balade. Nous atteignons le Castillo rapidement, chaussons les crampons et entamons la partie plus raide. La neige de ces derniers jours fait un coussin agréable sous nos pas et nous prenons plaisir, malgré l'incertitude du temps, des nuages progressant dans notre direction. Finalement, ils se transforment en mer, qui parviendra pas à nous rattraper. Pauline, pas de chance, commence à avoir mal au ventre. Nous soupconons l'eau du refuge. Peu de temps après, le petit déjeuner achète son ticket retour et par deux fois ! L'estomac vide, c'est un peu plus difficile et les deniers 300m sont vraiment fastidieux. Mais la cime se laisse fléchir. Nous sommes au Ventimilla et nous avons un moment la tentation d'aller à la maxima ou sommet Whymper, mais les crampes abdominales (sensation de couple) nous font renoncer. La descente se passe bien, nous doublons une cordée de 3 anglais avec guide et nous nous pressons de gagner la zone dangereuse qu'il faut traverser avant l'arrivée du soleil pour des raisons de sécurité.
IMGP0578 Chimborazo 3 IMGP0584 Chimborazo 3
Arrivés dans la moraine, nous retrouvons une dame guidée par un équatorien avec lequel nous discutons des sommets environnants et des sites d'escalade. Nous poursuivons notre retour, passant par le refuge pour récupérer nos duvets et nous retrouvons notre Casa à San Juan. Les filles sont contentes de nous voir revenir sains et saufs et nous, de retrouver la délicieuse cuisine d'Elsa.
Nous pouvons tourner la page du Chimborazo et continuer notre route vers le Sud, direction le Pérou en passant par les sites de couenne !

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Published by Nikopol - dans montagne
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commentaires

Philippe 09/01/2010 11:57


Salut les Baroudeurs!   Bonne Année et et pleins de sommets!
j'avais qq pb avec l'ordi (cheval de Troie), mais c'est réglé

encore Bravo pour le " Chimborazo " et surtout d'avoir fait 3 tentatives:
Ca c'est fort !
J'ai pensé à vous en voyant un reportage sur une expé à l'Everest ,
mais vue côté sherpa : incroyable ce que ces gas sont capables de faire!
Ils ont été filmés jusqu'au sommet: je ne pensais pas que cela était aussi dur!

Allez on vous embrasse et à bientôt

Philippe


Nikopol 11/01/2010 00:39


salut Philippe,
bonne année aux alsaciens !
ils devaient être fort intéressant ce reportage
sinon je ne pense pas que l'on va s'accrocher autant à tous les sommets sinon ils nous faudra 5 ans...
à très bientôt


Denis Brigitte 07/01/2010 17:53


Salut les amis,

Merci de continuer à nous faire partager vos aventures et  vos photos.

On vous souhaite une bonne année.... sportive, aventureuse, pleine de rencontres et de découvertes..... pour notre plus grand plaisir!!!! 
et tout le reste !!!!!

Bisous
Denis Brigitte


Nikopol 11/01/2010 00:37


Merci !
Bisous à vous et à votre grand fils.
Suerte (chance)
Nico et Pauline


bertrand 05/01/2010 20:59


Hola les loulous,

Bonne année à vous deux et vive la tartiflette!!
Je vois que ça a été fastidieux cette montée du Chimbo!!
En tout cas, ça a l'air de bien se passer, à part quelques maux de ventre et...l'alti!!
Pour les maux de ventre : et les shadoks pompaient, pompaient...

Ici, neige, ski en perspective, pour ceux qui auront le temps...

hasta luego.

Bebert


Nikopol 05/01/2010 23:07


il se laisse pas gravir comme ça cet endroit le plus proche du soleil (pour 2.2km par rapport à l'Everest), comme ils le disent ici...

Meilleurs voeux pour cette nouvelle année, pleins de bonnes choses
hasta luegito mon bébert


jean yves 03/01/2010 18:29


Merci à nouveau pour ce merveilleux récit de vos prouesses et de vos rencontres encore plus enrichissantes.
Bonne année avec nous l'esperons la fin de ces embarras gastriques !!!
Santé bonheur  pour accompagner votre rêve.
JY MJosé


Nikopol 05/01/2010 22:54


Fini les embarras gatriques et bonjour la rhinite !
ENfin, on ne peut pas tout avoir...
Sur la route entre Riombamba et Cuenca...
Bisous


jean yves 03/01/2010 18:26


merci