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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 23:59

IMGP1019 YanganaLe parc Podocarpus

La journée de bus entre Cariamanga et Vilcabamba (c'est bizarre tous ces noms en "bamba", à priori, cela signifie "pampa" en quechua), cette journée nous a permis de souffler et c'est avec plus d'entrain que nous remontons en selle, du pain frais de chez Rom' dans les sacoches. Enfin, Nico a encore eu mal au ventre toute la nuit, mais pour une fois, il n'a pas vomi... La voie grimpe tranquillement, bien que le temps soit plutôt lourd, puis se raidit pour arriver à Yangana. Des jeunes nous interpellent avec des "Hello gringo !" moqueurs, ce qui énerve un peu Pauline. Nous avançons un peu plus loin pour prendre notre repas sur le trottoir. Une famille vient nous voir, nous parlant un peu anglais et français. C'est marrant de discuter avec des gens qui ont un regard plus étendu que leurs propres frontières. C'est encore plus drôle quand ils nous demandent ce que c'est ce truc que nous mangeons... Ben, du pain...
Reprise de l'ascension. Le revêtement passe du bitume à la terre et après un premier col, nous amène à une cuvette verte d'herbe, bordée de toutes parts par les arbres luxuriants du parc Podocarpus (variété de résineux endémiques). Nous nous dirigeons vers le mauvais temps : les nuages se sont accrochés au relief  que nous envisageons de traverser. D'ailleurs, il commence à pleuvoir, bien qu'il fasse toujours chaud.
IMGP1026 Chantier PodocarpusPlus haut, des hommes refont la route : "La revolucion-vial" (révolution de la route) du président Correa. Nous patientons un moment que les pelleteuses veuillent bien nous laisser nous embourber dans le champ de boue du chantier. Au passage, nous nous renseignons sur la suite. Une petite descente et c'est plat ! Tu parles... OK pour la petite descente, mais ensuite, c'est grande montée, terre détrempée et chutes de pierres constantes, Nous devons pousser tellement c'est raide et mauvais. En plus, il pleut carrément et maintenant que nous voudrions nous poser, nous sommes pris en sandwich entre la falaise amont et la jungle aval...
IMGP1029 Camp PodocarpusNous sommes sauvés par un pylone électrique qui nous offre un terrain de camping.  Le pauvre Nico est toujours malade, tellement tiraillé par les spasmes abdominaux qu'il ne peut pas monter la tente. Nous nous déshabillons dehors et nous nous enfilons dans nos sacs de couchage. Pas de courage pour faire à manger. Nous dînons des biscuits et des fruits (bananes pour Nico, car contrairement aux croyances locales, ce n'est pas lourd à digérer...).
Le plus dur, après le petit déjeuner, c'est de remettre les fringues et les chaussures mouillées, surtout les 10 premières minutes quand rien n'est encore réchauffé... Pas envie de quitter notre nid douillet mais il le faut bien. Nous traversons quelques guets, un au pied de la "valle de los muertos" (vallée des morts). Il bruine, la route s'aplanit, mais ne pas avoir bien manger la veille nous pénalise et nous manquons d'influx dans les raidillons. Bientôt, nous amorçons une plongée vertigineuse vers Valladolid, bien secoués par la caillasse. Au village, c'est le festin : nous fêtons la fin du Podocarpus par un almuerzo, avec une truite pour Pauline.IMGP1030 Route Podocarpus
L'après-midi, nous ne pouvons pas échapper à la pluie, qui creuse des ornières. Nous nous enfonçons parfois jusqu'aux chevilles dans la gadoue collante. D'autres fois, impossible de pédaler dans les montées, les pneus restent scotchés au sol. Partout, les ruisseaux grondent et nos montures, comme nous, souffrent.
A l'étape Palanda, nous trouvons une pension bien tenue et, les vélos nettoyés, nous passons sous la douche tout habillés pour nous décrotter. Nous installons la tente sur le toit dans l'espoir de la faire sécher.




Le jour le plus long...

IMGP1051 Palanda
La pluie nous réveille pendant la nuit et nous attendons la fin du déluge pour récupérer nos affaires. Évidemment, tout est imbibé d'eau... Nous repartons, objectif Zumba à environ 40 km. Rapidement, la boue nous macule de nouveau. A plusieurs endroits, des engins de chantier oeuvrent pour dégager ou reconstruire une voie praticable : de gros glissements de terrain suite aux intempéries de la nuit barrent la chaussée. Ça dégringole toujours puisque nous échappons de peu à une chute de pierres dans une zone instable. Et nous nous faisons rincer...
IMGP1052 Glissement de terrain PalandaAvec toutes ces épreuves, une vis du porte-bagage de Nico casse et en réparant, nous forçons, faisant céder la soudure réalisée à Chunchi. Galère ! Un bout de ficelle servira de réparation provisoire jusqu'à la prochaine ville. Du coup, ambiance tendue...
Nous ne nous arrêtons pas pour manger, grignottant seulement fruits et biscuits vers 16h. A chaque fois que nous demandons si Zumba est encore loin, les passants nous répondent : "Una cuestita y despues es plano" (une petite côte et après, c'est plat). Tu parles, ils n'ont pas la même notion du dénivelé que les cyclistes, surtout ceux en voiture... On devrait leur prêter un vélo un jour pour leur montrer si c'est plat... Nous comptons deux côtes vraiment pénibles, où même pousser est difficile.IMGP1059 Subida Zumba
Dans certains coins, nous sommes attaqués par des nuées de mouches piquantes et d'aoûtats, malgré la couche de boue. La route n'en finit pas aujourd'hui. Vers 18h, nous faisons une pause "Ducales" (sorte de biscuits comme des Tuc). Nous hésitons à trouver un coin où passer la nuit, vers un hameau. Mais le temps nous est compté dans ce pays et nous poursuivons, à la frontale. Au bout d'une heure et demie, nous sommes contrôlés à un poste militaire, une pré-douane, qui annonce l'entrée de la ville. La première pension fait l'affaire, tant pis si les draps, pas propres, nous obligent à dormir dans nos sacs à viande. Hamburgers pour changer du riz-poulet et vite au lit, épuisés par presque 9h de pédalage dans des conditions difficiles.


Débarquement au Pérou (et chez les cafards...)IMGP1048 Mariposa

7 février 2010 : ultime jour du visa équatorien et départ difficile, les cuisses raides... La route est encore pire que les jours précédents - nous ne pensions pas que cela puisse être possible... - jonchée de pavasses et creusée par une chenille qui nous précède. Le premier torrent est en crue, les flots marrons grondent sous le pont de tôle.  Nous sommes rapidement bloqués, quelques virages plus loin, par une énorme coulée de boue, qui a entraîné un pan de forêt de 50 mètres au moins et créé une petite retenue d'eau. La chenillette que nous entendions rouler, commence juste à déblayer une zone pour construire une autre route. D'autres gens qui patientent pour passer en moto, nous aident à organiser un portage le long de la coulée. Il fait très chaud, 26ºC à l'ombre au moins. De nombreux papillons croisent notre chemin : bleus, azur-rouge-noir, verts et noirs, parfois grands comme la main de Nicolas. Pas de bol, ce sont seulement les bruns qui veulent bien se poser !... C'est beau et ça distrait un peu. Nous descendons de temps en temps de nos vélos pour pousser. Difficile d'enchaîner les étapes, le Pérou se paie cher.
IMGP1063 Eboulement ZumbaEn haut de notre plus grande côte de la journée, des gens nous offrent des uabas, sortes de gros haricots de 50 cm à 1 m, contenant des fèves entourées de pulpe juteuse et douçatre. Sympa.. A El Choro, pause déjeuner sur la place du village. Des gamins, de 6 ans environ, en guenilles, viennent discuter avec nous, puis sortent un portable dernier cri pour nous prendre en photo ! C'est la modernité !
Sur la carte, rien n'est détaillé aux alentours de la frontière : un trait à la règle relie Zumba-Ecuador à Namballe-Perú. Nous nous faisons contrôler à un poste militaire, suivons un moment une piste qui parcourt le sommet d'une crête, avant de perdre rapidement de l'altitude en rejoignant le rio Blanco Canchis, qui délimite les pays. Heureux, nous tendons nos passeports aux douaniers, en short de foot (!), savourant leurs mines quand ils voient la date échéance. Hé oui ! Nous évitons 200 $ d'amende par personne...
IMGP1067 PucapambaNous enjambons l'énorme fleuve par le Puente del Integracion, en zone franche... Coté péruvien, nous nous asseyons dans le bureau de la "migracion", pour remplir la fiche informative sur nos motivations à venir dans cette contrée. Le fonctionnaire nous interroge un peu. Que buvons-nous pendant l'effort ? (ben, de l'eau, on va pas boire de la bière) Combien de temps avons-nous mis depuis Quito ? (90 jours pile-poil)  Combien de temps nous voulons rester ? (6 mois, on a mis beaucoup de temps pour l'Equateur, et le Pérou c'est encore plus grand...) Est-ce notre bonne tête ou le peu d'envie de nous garder dans son IMGP1070 Douane La Balsabureau pour entendre le plaidoyer de deux fous qui macèrent dans leurs chaussettes mouillées depuis 4 jours (la honte on avait, tellement ça sentait), toujours est-il qu'il nous met 183 jours d'office, le maximum autorisé. La classe ! Même pas besoin d'aller quémander du rab dans les dédales de l'administration de Lima...
Heureux comme des papes, nous donnons un dernier coup de rein pour atteindre Namballe, décidés à prendre du repos. Un seul hôtel dans le village, décoré de Winnie. Mais c'est pas l'ourson qui l'habite, ni même son copain Tigrou (coucou Raph). Ici, c'est Cafardland ! L'horreur ! Pas de douche, pas de draps dans le lit et de l'eau jaune sort du robinet !!! Nous laissons la chambre aux vélos et opérons un repli stratégique sur le toit, où nous dormirons sous la tente.




Dernier effort...

IMGP1075 Nueva EsperanzaDès le lendemain, nous fuyons. Pas de kilométrage sur la carte pour aller jusqu'à San Ignacio, mais renseignements pris auprès d'un chauffeur de taxi, il y a 50 km et une seule côte. En fait, la côte fait 34 km, nous nous en rendrons compte plus tard. Nous passons la journée à espérer qu'au prochain virage, nous déboucherons sur le col. Une fois, Nico débouche surtout sur un énorme taureau noir, qui se met à courir dans sa direction. Bon réflexe, il descend de vélo et le mastodonte stoppe pour le regarder passer d'un air méfiant.
La pause de midi est écourtée pour cause de mouches, qui nous harcèlent, nous et nos sandwichs en dernier vrai pain avant nous ne savons quand... Nous suons sang et eau, à tel point que nous nous arrêtons pour reprendre notre souffle, même quand nous poussons nos montures. C'est encore plus rude cette canicule, que le froid ou la pluie. Pas possible d'atteindre San Ignacio aujourd'hui, les pentes abruptes des collines n'offrent pas d'emplacement pour la nuit. Nous comptons sur le stade de foot du prochain hameau. Il est au sommet de la fameuse côte !
Nous rencontrons Aymer, qui nous fait asseoir devant le magasin de sa mère pour que nous nous reposions. Attroupement d'enfants ! Nous en comptons une vingtaine venus voir "les gringos" (c'est un peu pénible comme nom, surtout que ça veut dire américain). Nous demandons à Aymer où nous pouvons passer la nuit, puisqu'il n'y a pas d'hôtel et que le stade boueux est occupé par un match. Il nous invite chez lui, pour le gîte et le couvert. Nous sommes un peu gênés... En parlant, nous apprenons que son cousin a des ruches. Nico part pour acheter du miel (fleurs de uabas et de caféier) , mais il reviendra avec une bouteille gratuite. Nos hôtes, vraiment généreux, nous ont préparé une plâtrée de spaghettis, que nous partageons à la table familiale, avec Abigail 3 ans et Karen 7 mois (qui mange aussi des spaghettis !!!). Ils nous conduisent pour la nuit à l'étage. Leur maison de terre battue de briques de pisé est plus propre que l'hôtel de ciment de la veille.IMGP1090 Tempo
Pour le petit déjeuner, rebelotte Isabel, l'épouse, nous sert comme des rois : riz, banane plantain, fromage et lait d'avoine. Si l'accueil est partout le même au Pérou, nous serons grandement redevables à son peuple. Moins de 17 km nous mènent à San Ignacio. La route, toujours en cailloux, est sillonnée par des motos, certaines transformées en taxi : un chauffeur sur la selle et 3 passagers plus bagages sur la banquette aménagée à l'arrière. Les déco' sont superbes : un éventail qui va de la pin up à Batman... Le pire, c'est que ce sont quasiment toutes des 125 !
Au bout du chemin, nous trouvons notre récompense : il y a des glaces au Nesquick !!! Et un hôtel sans trop de bestioles... Nous nous reposons depuis quelques jours dans ce coin tranquille, pour reprendre des forces et débroussailler les moutons...

IMGP1083 Mouton avant tonte
IMGP1086 Pendant la tonteIMGP1087 Mouton après la tonte

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Published by Nikopol - dans vélo
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commentaires

Bertrand 09/03/2010 17:43


Ah magnifique, on s'y croirait!!
ces bons moments de galère dont on se souvient toujours, les bonnes chiasses, les bons hôtels bien miteux... ce qui fait un bon voyage quoi.
Je vois que le moral est toujours au beau fixe. Ah Nico, splendide la coupe!!
A suivre votre petit périple au Pérou.

hasta luego

bebert


Nikopol 10/03/2010 01:07


Faut de tout pour faire un beau voyage.
Y'a de nouvelles idées pour la prochaine coupe mais pas encore décidé...

Hasta pronto mon Bébert


Anne-Lise 18/02/2010 10:24


coucou ! maintenant on pense à vous quand on mange du pain (frais pour nous et dur pour Alessandro !). j'espère que les routes seront meilleures pour la suite ! et vous n'avez pas mis de photos de
le coupe de Pauline !!! 

gros bisous  Alessandro, Anne-Lise et Raf 


Françoise Mathieu 17/02/2010 15:58


salut les baroudeurs ! que d'aventures ! que de petits mots ! j'espère bien que vous tenez le choc.... Efin, vous voilà au Pérou, en souhaitant que vous fassiez mentir l'adage "c'est pas le Pérou"
! Reprenez des forces, soignez bien tous vos maux (+ ou - importants !). J'aimais mieux Nico avec les cheveux longs, je crois connaître le coiffeur qui a oeuvré ! L'aventure, c'est l'aventure,
il faudrait le chanter. Allez, plein de bises et de courage.... Bisous et sourires dans ce vrai hiver, ici, il pleut ! Françoise 


Nikopol 17/02/2010 21:27


Ben ouais, je sais bien que les frisettes c'est joli, mais il avait trop chaud sous sa laine !!! Alors, il a coupé (et j'ai rectifié derrière). Euh non, nous sommes allés voir un spécialiste de la
tonte de mérinos !!!
Une collègue m'avait écrit : "Ici, c'est pas l'Pérou, mais là-bas, tu vas le trouver !" Nous allons voir...
Bisous


Philippe 14/02/2010 19:33


Salut les Baroudeurs!

Pas mal ce périple pour arriver au Pérou: un peu humide, mais sympa la petite route de montagne
Vous auriez pu prévoir le sèche linge à l'arrière du vélo : en plus avec le vent dans le dos tu peux gagner qq km/h en mieux! (je rigole)
chez nous  il fait entre -5° et -10°c et on a 1m de neige sur les crêtes !
et une petite fondue savoyarde avec un petit Gewurtz de chez nous : ça c'est pour la récup
C'est vrai que la coiffure "Bob Marley" de savoie était pas mal! aurais-tu fumé des trucs du coin aussi ??
Hoplà!
"Allez les petits" , reposez vous bien et schmutzala à tous les 2 !


Philippe et Cie


Nikopol 14/02/2010 20:31



Salut Philippe,
y'a 2 choses taboos ici en ce moment : la neige et la nourriture francaise ! C'est un crime de nous parler de ces 2 sujets dans le même texte ! On suit les JO, ca nous rafraîchit un peu...


Rien de quoi fumer par ici... et c'est encore plus réprimandé qu'avec Sarko, par contre l'alcool coule à flots sans restriction et le permis de conduire n'en ai pas plus inquiété...

Un gran abrazo aux alsaciens


 



steph 14/02/2010 14:26


Salut c'est encore moi!
Je trouve que ça lui allait mieux a Nico la coupe façon jackson five...
Biz
Steph


Nikopol 14/02/2010 20:24


Un peu chaud sous le bob...
Et pis ca éclaire un peu les esprits
A+ Steph