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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 21:55

Shupluy

 

Caraz - HuarazReposés de nos dernières grosses étapes à vélo, nous nous mettons en quête de cailloux et nous jetons notre dévolu sur une petite falaise située à 25km de Caraz, en direction de Huaraz (avec tous ces noms en "az", on se croirait presque dans la Yaute). Un matin de grisaille, le 1eravril, nous "déménageons" de notre campement à l'hôtel vers celui du site. Nous sommes (presque) contents de migrer à vélo (presque parce que Pauline a toujours mal aux fesses !).

 

IMGP2160 HuscaranSur la route se trouve le ville de Yungaï, amputée d'une partie de ses habitants depuis une énorme catastrophe le 31 mai 1970. Un tremblement de terre (7.8 sur Richter) a déclenché une chute de sérac du sommet du Huascaran (sommet culminant péruvien - 6768m), ce qui a enseveli 18000 personnes. Ce même tremblement de terre a fait 70000 morts dans la région d'Ancash. Heureusement ce n'est pas long et nous nous retrouvons vite au village de Shupluy, où nous nous régalons d'un almuerzo avant de monter vers la IMGP2179 Huscaranfalaise. Nous la trouvons tant bien que mal car l'accès n'est pas indiqué. Nous descendons de vélo pour prendre l'étroit sentierrejoignant le fond d'une gorge. Tout en bas coule un torrent gonflé des pluies récentes et au-delà d'un petit pont, un premiersecteur de voies. Nous plantons la tente sur une petite terrasse, abritée par un acacia. Les cascades font un bruit d'enfer et nous aurons du mal à nous entendre les jours suivants... Nous faisons le tour du propriétaire un peu en amont pour voir les deux autres secteurs mais l'autre pont a été emporté par les crues et le pied des voies se perd dans le courant : échouage de la mission de reconnaissance !

 

IMGP2191 Huscaran NorteNous nous sentons bien ici: Nous ne voyons personne, seulement une paysanne, accompagnée de ses enfants, qui cultive l'alfalfa, la plante préférée des cuys. Une averse de courte durée nous a accueilli et nous nous sommes réfugiés sous notre toit de toile pour jouer aux cartes. Au bout de quelques parties endiablées, une lueur étrange éclaire la tente, si bien que nous mettons le nez dehors. Sur l'autre versant, le Huascarans'est dégagé de sa gangue nuageuse et luit au soleil couchant : un spectacle magnifique. 78 photos plus tard (vive le numérique)... nous préparons notre tambouille avant de nous glisser dans les draps pour des discussions philosophiques. Au sujet de ce soir : existence de Dieu et réflexions sur le livre de Théodore MONOD, "le chercheur d'absolu" (avis aux amateurs, ce livre ouvre l'esprit...).

 

IMGP2239 Peña ShupluyLa nuit a séché la falaise et nous déballons les affaires de grimpe, que nous faisons sécher sur le gros rocher où est adossée la tente. Une pointe de piolet a troué le sac de la remorque et laissé l'humidité entrer. Pas de gros dégâts cependant.

Nous entamons notre séance par une série de 5+, histoire de nous remettre en forme. Puis Nico par dans un 6a, qu'il trouve bien difficile... Oups, erreur de trajectoire : c'est un 6b ! Nous enchaînons un 6a+ et un autre 6a, puis Nico fait seul un 6b. Bonne journée ! Nous profitons en soirée du même régal des yeux, avec un embrasement des deux pointes du Huascaran encore plus fort que la veille. Nico descend vite fait au village faire quelques course et tombe sur une procession (semaine sainte oblige) baladant des statues de Jésus et Marie. Le vent balaye la file et la perruque du Christ, sous les rires des jeunes et les regards catastrophés des anciens...

 

IMGP2249 Camp ShupluyLe lendemain se profile le même programme, mais Pauline se sent un peu enrhumée. Pour éviter que cela traîne, nous décidons d'écourter la journée d'escalade et il y en a un qui se sent frustré. Alors Nico part visiter une fameuse grotte du coin, à environ 1h du campement. Il coupe en longeant le torrent dans les broussailles et finit par atteindre la caverne, une pauvre ébauche de mine inexploitable à cause d'une source d'eau chaude qui s'en écoule.

 

Jour de perf ! Le 4 avril, après la pluie, le réveil est douloureux pour Nico : une épaule récalcitrante ! Mais cela ne l'empêche en rien de repartir dans les voies. Petite échauffe puis Pauline sort quasiment un 6b à vue ! Nous continuons notre séance au soleil et Nico la conclue très brillamment : il enchaîne au premier essai (après l'essai à vue) un 7a ! c'est un pré-cadeau d'anniversaire. La voie n'a pas de nom, seulement la nº2 de Shupluy, mais peu importe. Il garde un sourire ravi toute la journée.

 

 IMGP2195 Huscaran

 

L'appart

 

5 avril : bon anniversaire Nico! Petit-déjeuner avalé, nous démontons le camp et nous nous dirigeons vers Huaraz. A peine 1h se passe que nous rencontrons 2 cyclotouristes qui tracent la route ensemble depuis Trujillo. Juan, un colombien de Bogota et Unaï, un basque de Bilbao. Du coup, nous continuons en leur compagnie car ils vont aussi à Huaraz. A 4 vélos, c'est encore plus sympa ! Ce qu'il y a de drôle, c'est que les gens interpellent aussi Juan par des "gringos" ! Toute personne voyageant à vélo est un gringo !

 

IMGP2264 Unaï et JuanNous mangeons ensemble à l'entrée de la capitale régionale d'Ancash, qui compte plus de 140 000 habitants et nous nous séparons un peu plus tard, chacun cherchant un hôtel. Notre seul contact sur Huaraz, Hugo ROBIN (www.caillouaventure.com), avec qui nous avions pris contact auparavant, nous donne quelques tuyaux sur les hôtels et les courses dans la région : bien sympa aussi et puis en français... Nous partons à la recherche d'un logement. Le premier hôtel est bien trop cher pour notre bourse, alors comme nous avons entendu parler nos 2 copains cyclos, nous essayons du côté du stade où ils avaient repéré un autre plus abordable. Ce sont eux d'ailleurs qui nous ouvrent la porte du Tambo, une sorte d'auberge de jeunesse, fréquentée par des jeunes plutôt dans le style "routards". Une fois nos bagages montés, nous embarquons Unaï pour un petit "menu" (soupe+ plat), même si pour lui c'est le deuxième souper ! Après ses études d'électronique, il a fait plusieurs boulots, le dernier en Angleterre comme nounou pour enfants ! Et depuis 2 ans, il sillonne le monde, à l'instar de Phileas Fogg, notamment un long passage en Inde et au Népal, la Thaïlande, l'Australie où il a acheté son vélo, puis de Los Angeles jusqu'ici "pura bici". Il compte aller jusqu'à Ushuaïa pour passer sur le continent africain et rentrer en Espagne en vélo. Beau programme !

 

Les 2 jours suivants, nous nous attelons à trouver un appartement pour les mois d'avril et juin. Nous avons fomenté un plan : un peu de montagne, un peu de vélo puis retour dans la vallée de Callejon de Huaylas pour des sommets un peu plus élevés (depuis ça a changé plusieurs fois...). Nous avons repéré, grâce aux petites annonces de la rue Luzuriaga, une chambre avec salle de bains qui a l'air assez bien et d'un prix plus raisonnable aue les hôtels, sauf pour El Tambo car nous n'arrivons pas à en connaître le prix au mois.

 

Le premier soir, nous discutons avec un couple de toulousains, en voyage autour du monde pour 13 mois : Anne-Catherine et Samuel (www.two-autourdumonde.com), puis avec Juan le colombien. Son trip, c'est la récup' ! Tout sur son vélo, déniché on se sait où, provient du bricolage : sacoches, drapeau, porte-gourde, selle... De même, il porte des habits récupérés, transforme les briques de lait en porte-feuille... Il milite pour la non-pollution et la sauvegarde de la nature pour les générations futures. www.colombiandantes.org

IMGP2440 AppartLe deuxième soir, nous emménageons dans notre premier appartement loué en commun, juste avant un gros orage de grêle qui inonde en partie la maison, avant de retrouver nos amis pour un repas d'adieux, qui se révélera fatal...

Le 8 avril, Nico est malade. Nous n'avons heureusement pas prévu grand chose, seuleument des courses, la recherche de renseignements et un passage sur le net. Nous avons entendu grand bien d'un site d'escalade, Hatun Machay et tout nous renvoie à une unique agence : Andean Kingdom. Nous y sommes reçu par un anglophone baraqué, à l'air sûr de lui, qui nous annonce des prix hallucinants : 20 sol / personne pour le trajet, 20 sol /pers. la nuit en tente et 40 sol / pers. celle en "refuge" (paillasse et sans repas bien sûr). Plus cher qu'un hôtel ! Nous sommes écoeurés...

Un peu plus tard, nous serons renseignés sur le personnage. Il a fait main basse sur le site, profitant de la crédulité de la communauté de paysans, en leur faisant signer un contrat d'exploitation qui devait leur garantir des revenus dépendants du nombre d'entrées. Or ce nombre n'est pas précisé. De plus, pour ce faire, il a déséquipé entièrement le site pendant un hiver, alors qu'il n'en ait pas l'unique ouvreur et par là-même en a interdit l'accès aux grimpeurs. Sa dernière bévue a été d'attaquer la camionnette d'un groupe d'archéologues (ce bosquet de pierres est un des hauts sites incas de la région), à coups de hâche ! C'est même passé au journal national ! Bizarrement, sauf pour ce violent coup d'éclat, il n'est pas inquiété par les autorités... Nous sommes blasés d'en entendre autant sur lui et nous renonçons à fréquenter le site, sauf peut être une fois à la journée.

 

IMGP2295 Laguna AntacochaNous optons finalement pour la paroi d'Antacocha, équipée, entre autres, par Hugo. Encore une journée ou deux pour nous préparer... et nous retombons sur nos 2 cyclos, Unaï et Juan ! Ils ne sont pas partis la veille au matin comme prévu, car, de même que Nico, ils ont eu des problèmes de ventre... Nous prenons RDV pour une pan-cake party à l'hôtel tambo ! La conversation tourne autour de la religion, de la nourriture (bouh...), la guerre (le service militaire colombien...), la drogue (des anglais s'essaient à une décoction de champis locaux...) et surtout de la montagne. Juan a un peu grimpé mais Unaï a fait plus de choses, entre autres 3 tentatives au Cervin. Nous nous proposons de transformer son 4èmeessai avec lui à notre retour en Europe ! Il a aussi essayé la grimpe (il habite non loin du Picos de Europa), le canyoning... Encore un qui a la bougeotte ! Juan nous offre avant de nous séparer, pour de bon cette fois, un porte-monnaie de sa fabrication en brique de lait décoré d'une montagne et fermé par un élastique à cheveux, contribution d'Unaï (étrange car il n'a pas de quoi se faire des couettes...)

 

 

Antacocha

 

IMGP2269 Huamashraju Vue d'Antococha

 Nous partons en milieu de matinée pour prendre le "combi" en espérant de voir nos amis sur la route, mais le chauffeur les a croisés très tôt ce matin. Nous nous faisons déposer au pied du chemin qui monte à la lagune, chargés comme des bourriques de notre matériel de camping et de grimpe ! Nous faisons donc l'approche tranquillement, 500m de dénivelé à 3950m environ. Quel bonheur de se retrouver dans le calme de la nature ! Silence, vues somptueuses et efforts physiques, le cocktail idyllique... Nous faisons le plein d'eau à la lagune, qui se révèlera acidulée, avant de monter

IMGP2271 Cashan Vue d'Antocochaassez rapidement la tente à cause d'un orage. Nico aura juste le temps de repérer le pied des voies qu'il éclatera. Notre campement, nous l'avons installé sur la butte qui domine le petit lac, au pied d'un alpage ponctué de quelques cultures et de gros blocs détachés des falaises sous-jacentes. La flore est riche. Pendant la nuit, une grenouille s'est invitée et nous la trouvons, dormant, entre le réchaud et les gamelles. Nico descend faire le plein d'eau, mais ce coup-ci, elle est presque imbuvable, tellement elle est acide. Nous nous en contenterons pour aujourd'hui.

 

IMGP2318 Jatunllasca Vue d'AntocochaNous partons pour faire une première voie (Mallakaska) qui devrait s'enchaîner sur "Noches de Adrenalina". Les 2 premières longueurs sont en 5+. Nico commence, mais Pauline tire le mauvais numéro dans la seconde longueur, car sur 50m, il n'y a que 5 points ! Ça engage direct ! Ensuite impossible de trouver le relais de la voie suivante. Dommage ! Nous tirons un rappel et changeons de secteur. Deux personnes sont dans la "Roger-Guillen", à priori un guide et sa cliente. Nico part dans "le Duc", les premiers mètres n'étant quaiment pas équipés. Malheureusement, coup de grisou ! La pluie et un peu de grêle ! Repli stratégique jusqu'à la tente, un peu amusés par la panique de la cordée voisine. Ils ont laissé tomber les talkis-walkis et crient... Leur corde, un peu courte, ne permet pas à la fille d'être moulinée jusqu'au sol, alors le gars monte au deuxième point puis tire un rappel. va savoir pourquoi il avait gardé sur le dos son sac (de hissage, hic !), en tout cas, il le balance avant de faire son rappel (10m plus haut). Si c'est un pro (possible, il aura conservé les lunettes de soleil toute la journée), l'engagez pas !

 

IMGP2393 Sin titulo 3eme long AntocochaDe notre côté, nous attendons la fin de ce caprice céleste, bien au chaud sous notre petit abri, en grignotant des petits pains tellement secs qu'on dirait des biscottes et du fromage à l'arrière goût reblochonnesque. Nous reprenons notre ascension au bout d'une heure, Nico refait la première longueur et continue en tête dans le deuxième 5+ puis dans le 6b où il cale. Le dernier pas, 5m en-dessous du point suivant, en dalle lichenneuse, promet une chute dans une pante, type catus, aux piquants acérés ! Nous réchappons, par un pendule, dans la voie d'à côté, la "Roger-Guillen", qui sort en deux 5+, bien continus. Au sommet, Nico se fait mouliner jusqu'au pas difficile du 6b, mais ne IMGP2337 Shaqsha Vue d'Antocochapeut essayer la dernière longueur de 7a+, trop surplombante.

 

Nous rentrons par un sentier caïrné, qui chemine ensuite dans un vallon fleuri (voir album Du Vert et Des Bêtes), ramassant un fagot pour le feu du soir. Le dîner n'est pas terrible, à cause de l'eau, que nous buvons avec parcimonie, ne sachant pas ce qu'elle contient. La nuit n'est pas terrible, surtout pour Pauline. Tenaillée par la pépie, elle rêve d'une bouteille de Pepsi qu'elle a payée, mais qu'elle se fait voler !

 

 

IMGP2378 Sin titulo 2eme long AntocochaMission matinale : trouver de l'eau potable. Nico s'y colle ! Nous regardons la carte, représentant un ruisseau à 2 km. Il revient au bout d'une petite 1/2 heure, Mais comment IMGP2400 Sommet Antocochaa-t-il fait ? Bin, il y a un cours d'eau à 200/300m de la tente... Quel plaisir de retrouver le goût du chlore ! Pour notre deuxième journée de grimpe, nous faisons la "Roger-Guillen" (sin titulo, sans nom, sur le topo) : 5+, 6a et les deux 5+ d'hier. La deuxième longueur est vraiment superbe, avec quelques pas plus techniques et une vue imprenable sur le 8 d'Hugo (cotation à confirmer). Il y a de l'ambiance dans cette paroi, qui sort à 4200m environ, d'autant que c'est le parfait mirador pour observer le sud de la Cordillère Blanche : Cashan, Huatsan, Shacsha, Jatunllasca et Pongos... Nous en profitons encore un peu, le temps de rejoindre la route goudronnée, où nous attrapons de justesse un combi. Nos sacs finissent sur le toit du véhicule, comme le mouton de la campesina, balloté au gré des nids de poule. Ce voyage est plus engagé que les courses en montagne ! Nous retrouvons notre appart' avec un certain plaisir et Nico rêve déjà aux prochaines courses... D'ailleurs, nous allons rester ici avril et mai, plutôt que de faire des aller-retour peu écolo en bus...

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Published by Nikopol - dans grimpe
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commentaires

edelweiss05 16/04/2010 17:26



sympa l'article, on a envie d'aller faire un tour là-bas ....


profitez un max  ...la vie est courte !


bye



Nikopol 16/04/2010 19:00



Merci !


On essaie de faire tout ce qu'on peut !



steph 15/04/2010 17:44



Salut Les loulous!


ca faisait un moment que j'etais pas venu, toujours aussi passionnant, ca nous donne envie d'etre deja au perou avec Sabrina! Bon je vois que vous aussi vous allez faire un petite halte, c'est
cool! Grosses bises


A+



Nikopol 16/04/2010 19:06



Salut Steph !


On squatte pour profiter de la montagne... Quand repars-tu ? Et ta douce, elle te suit ?


A+ bisous


Pauline